Le plein du manque : éloge de l’attente

« L’église moderne, construite dans l’enceinte du monastère, était d’une laideur sobre – elle rappelait un peu, par son architecture, le centre commercial Super-Passy de la rue de l’Annonciation, et ses vitraux, simples taches abstraites et colorées, ne méritaient guère d’attention ; mais tout cela n’avait pas beaucoup d’importance à mes yeux : je n’étais pas un esthète, infiniment moins que Huysmans, et l’uniforme laideur de l’art religieux contemporain me laissait à peu près indifférent. Les voix des moines s’élevaient dans l’air glacé, pures, humbles et bénignes ; elles étaient pleines de douceur, d’espérance et d’attente. Le seigneur Jésus devait revenir, il revenait bientôt, et déjà la chaleur de sa présence emplissait de joie leurs âmes, tel était au fond le thème unique de ces chants, chants d’attente organique et douce. Nietzsche avait vu juste, avec son flair de vieille pétasse, le christianisme était au fond une religion féminine. »

Michel Houellebecq, Soumission

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