Houellebecq et Lautréamont : correspondances

Une des couvertures d'Extension du domaine de la lutteOeuvres complètes, Lautéamont (Isidore Ducasse)

On a déjà relevé, dans le premier roman de Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, ce qui s’apparente tantôt à une présence, un hommage, ou encore un pastiche de Lautréamont dans Les chants de Maldoror :

« Et à qui, de fait, sinon à l’auteur des Chants de Maldoror, est-il clairement rendu hommage dans l’étrange description du ciel aux abords de Bal-el-Mandel (description dont le lien avec le récit en cours reste assez énigmatique) :

… l’horizon ne se départit jamais de cet éclat surchauffé et blanc que l’on peut également observer dans les usines sidérurgiques, à la troisième phase du traitement du minerai de fer (je veux parler de ce moment où s’épanouit, comme suspendue dans l’atmosphère et bizarrement consubstancielle de sa nature intrinsèque, la coulée nouvellement formée d’acier liquide) (EXT 59-60).

ou dans des passages de fiction animalière comme :

… Je ne pouvais empêcher l’étau de la réflexion d’enserrer mon front translucide et, accablée par le poids d’un fardeau trop pesant, ma tête retombait tristement sur ma poitrine (EXT 97).

ou comme :

Je m’imiterai pas cette erreur et, laissant s’allumer d’eux-mêmes dans vos cerveaux les candélabres de la stupéfaction, je continuerai à dérouler les anneaux de mon raisonnement avec la silencieuse modération du crotale (EXT 106) ? »
Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, cité dans Dominique Noguez, Houellebecq, en fait, Paris, Fayard, 2003.

Houellebecq, en fait, essai de Dominique Noguez.

Mais ne pourrait-on pas trouver d’autres échos, cette fois des Poésies de Lautréamont, dans la méthode Rester vivant, de Michel Houellebecq ?

« Repoussez l’incrédulité : vous me ferez plaisir.

Il n’existe pas deux genres de poésie ; il n’en est qu’une.

Il existe une convention peu tacite entre l’auteur et le lecteur, par laquelle le premier s’intitule malade, est accepte le second comme garde-malade. C’est le poète qui console l’humanité ! Les rôles sont intervertis arbitrairement.

Je ne veux pas être flétri de la qualification de poseur.
Je ne laisserai pas des Mémoires.

La poésie n’est pas la tempête, pas plus que le cyclone.
C’est un fleuve majestueux et fertile. »
Conte de Lautréamont (Isidore Ducasse), Poésies I

« N’ayez pas peur du bonheur : il n’existe pas. »

« Vous connaissez le Bien. Vous connaissez le Mal. Ne renoncez jamais à les séparer ; ne vous laissez pas engluer par la tolérance, ce pauvre stigmate de l’âge. La poésie est en mesure d’établir des vérités morales définitives. »

« Les mécanismes de solidarité sociale (allocation chômage, etc.) devront être utilisés à plein, ainsi que le soutien financier d’amis plus aisés. Ne développez pas de culpabilité excessive à cet égard. Le poète est un parasite sacré ; semblable aux scarabées de l’ancienne Égypte, il peut prospérer sur le corps des sociétés riches et en décomposition. Mais il a également sa place au sein des sociétés frugales et fortes. »
Michel Houellebecq, Rester vivant

Pour en savoir (beaucoup) plus sur Lautréamont, visitez ce site : « Tout sur Isidore Ducasse et Maldoror (www.maldoror.org) », administré par un spécialiste de Lautréamont et de littérature du XIXe siècle, le professeur titulaire Michel Pierssens, de l’Université de Montréal.

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