La demi-vie de l’artiste

L’artiste mène-t-il une double vie, une demi-vie, une « paravie », une sur-vie/ survie ?

« L’intérêt du Vallon, cela dit, était ailleurs. Il ne se situait même pas dans l’ambitieux personnage d’Henrietta, le sculpteur, à travers laquelle Agatha Christie avait cherché à représenter, non seulement les tourments de la création (la scène où elle détruisait une de ses statues, juste après l’avoir difficilement achevée, parce qu’elle sentait qu’il manquait quelque chose), mais la souffrance spécifique qui s’attache au fait d’être artiste : cette incapacité à être vraiment heureuse ou malheureuse, à ressentir vraiment la haine, le désespoir, l’exultation ou l’amour ; cette espèce de filtre esthétique qui s’interposait, sans rémission possible, entre l’artiste et le monde. La romancière avait mis beaucoup d’elle-même dans ce personnage, et sa sincérité était évidente. Malheureusement l’artiste, mis en quelque sorte à part du monde, n’éprouvant les choses que de manière double, ambiguë, et par conséquent moins violente, en devenait par là même un personnage moins intéressant. »
Michel Houellebecq, Plateforme

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